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FIED 2000

Atelier 4 : Intelligence Economique, Francophonie et Cohésion sociale.

Armand APRUZZESE, Secrétaire général remplaçant Monsieur Steve GENTILLY Président du Forum Francophone des Affaires.

Il ne faut pas confondre intelligence économique avec renseignement économique. Le FFA est une organisation non-gouvernementale qui met en relations des hommes et des femmes dans le monde des affaires. Il a mis en place un observatoire économique qui est un outil de veille (juridique, fiscal, etc.). C'est aussi un groupe d'appui pour les entreprises. Le maître-mot est la rapidité de circulation de l'information en dehors du circuit étatique. L'information est donc la matière première de l'entreprise.

L'intelligence économique à été récemment mis en place en France. Déjà en 1974, les Suédois lançaient une formation universitaire en intelligence économique. Donc 20 ans avant la France. Le détenteur de l'information en France, c'est l'Etat (Affaires Etrangères, la DRE à Bercy), il y a une culture de l'information spéciale. Cependant de gros efforts sont faits et que les choses commencent à bouger : Monsieur JOSPIN a mis en place il y a 2 ans, un chantier sur la société de l'information, dont l'objectif est une obligation de transparence. Il existe également des initiatives locales et régionales, cependant il y a trop d'acteurs à l'échelon local pour que les chefs d'entreprises y voient clair.

Jacques BREJON, Directeur à l'Université Léonard de Vinci

L'intelligence économique regroupe le système d'information, le benchmarketing, et la sphère Internet. Il convient de parler de management de l'information plutôt que de veille technologique ou stratégique. La France a failli dans le domaine de l'intelligence économique, car une grande part de cette sphère relève de l'Etat. C'est un problème de fond qui est culturel. Aujourd'hui Internet bouscule toutes les pyramides de pouvoir et c'est dans ce sens qu'il faudrait envisager la démarche.

Patrice PASSY, consultant en Intelligence Economique.

L'intelligence économique est un concept novateur pour les institutionnels africains, les mêmes difficultés rencontrées en France lors de sa mise en œuvre sont à quelques nuances près pareilles. Ce n'est pas le concept ou son utilisation qui pose problème, car la réflexion doit porter les moyens d'actions permettant de créer le cadre de travail nouveau, et l'état d'esprit qui va avec pour une meilleure présentation de son exploitation et optimisation du cadre de la nouvelle économie.

L'analyse de l'existant nous donne l'état des lieux suivant : l'information reste encore un privilège, que l'on n'a pas encore traduit ou compris comme un outil de travail. L'information ne circule pas encore dans le logigramme fonctionnel des entreprises faute de transparence interne et de volonté parfois de rigidité structurelle, organisationnelle et mentale. A cela peut-être ajouter un manque de culture de renseignement, d'engagement réel de la direction. Ainsi dans les Etats francophones deux structures sont confrontées à la gestion de l'information et son exploitation. La faiblesse de ses structures étatiques, du tissu industriel et le poids énorme de l'Etat font que seule la présidence de la République en dessous duquel se trouvent trois ministères clés gérant de l'information à savoir comme un moyen d'action politique et non économique.

- Le ministère de l'intérieur,
- Le ministère de la défense
- Le ministère de l'industrie, du plan et de l'industrie,

Au bas de l'échelle les opérateurs économiques, les milieux affairistes, la société civile.
La deuxième structure qui du fait de sa configuration actuelle exploite l'information est l'entreprise publique ou privée. Il va sans dire qu'au sein des entreprises existe bel et bien un système de d'informations mais qui ne traite souvent que des activités traditionnelles de gestion (facturation, stock, comptabilité, paie, production) et d'administration. Etant souvent en situation de monopole les entreprises ignorent tout de la l'environnement concurrentiel et aussi les rapports économiques internationaux pouvant affecter leur fonctionnement dès la première difficulté. Lorsqu'elle existe dans les entreprises seules un groupe d'initiés bénéficie de sa primeur comme un bien personnel Prenons exemple à la GECAMIN (extraction du cuivre République Démocratique du Congo) sur près de 10.000 employés, seul 2 % du personnel détient l'information. Dans les faits cela se traduit par une démotivation évidente du personnel non associé à l'apport ou la gestion des connaissances. Or tout processus de valorisation de coproduction des connaissances passe par une vision collective de la finalité de l'information.

Le système de gestion du renseignement pratiqué est la centralisation, le détenteur ne veut pas mettre ses informations sur la place publique car cela sont perçu comme une perte de pouvoirs ou perte de centralisation de l'entreprise. La faiblesse des moyens dont dispose l'Etat lui prive des systèmes d'analyses et d'informations permettant d'établir des cadres stratégiques de développement et de croissance.

Comment dans ces conditions africaines, sans représentativité extérieure, avec une cohésion sociale fébrile l'intelligence économique peut-elle être un levier complémentaire à la créativité et compétitivité des entreprises africaines ?

Il faut tirer profit aussi paradoxale que cela puisse être des faiblesses de sa structure étatique et de son référentiel culturel pour y apporter une solution.

D'abord l'avantage concurrentiel en Afrique ne doit pas être conçu en terme d'avantage compétitif, il doit l'être en une réflexion et mise en œuvre des conclusions portant sur une recherche au développement harmonieux.

Ensuite il est établit que ce n'est toujours pas la puissance de l'appareil économique ni de production de données qui fait la force d'un système d'intelligence économique, mais plutôt sa capacité à organiser un maillage stratégique offensif et défensif avec définition d'un cœur stratégique nationale permettant la décision. Il va de soi que la mobilisation autour de cette nouvelle méthode travail ne peut se faire sans les institutionnels, sans les entreprises, la société civile et les acteurs de l'économie informelle.

Le référentiel culturel est un atout puissant dans la mise ne place d'une connivence intérieure visible et exploitable économiquement (le contrôle social qu'exerce la communauté est un réducteur d'incertitude, un puissant filtre des normes et valeurs sociales dotés d'une influence décisive pour l'homogénéité du groupe.), pouvant fortifier la cohésion sociale:
La communauté en Afrique joue un rôle important dans le partage et la gestion de l'information. Cependant son poids dans la société inhibe les initiatives individuelles et dilue l'individu, mais cela fortifie les liens communautaires et oriente aussi le choix de l'activité économique des groupes, développe une solidarité qui maintient un contrôle social permettant ainsi la mise en place des réseaux rampants (informel) de lobbying imbus d'une culture de renseignement que l'on active en fonction de l'objectif.

Il faudra donc intéresser la population et motiver celle-ci, la rendre responsable de la réussite d'une entreprise, par la communication et de nouvelle méthode de management et d'organisation, l'insérer de manière valorisante dans le dispositif de production de richesses, d'appropriation technique et permanente en vue de son exploitation. La mise en place d'une stratégie ouverte visant l'utilisation stratégique de l'information ne devait pas poser de problèmes du fait de la légèreté de nos structures.

A l'issue de cet atelier, Monsieur Tossou se demandait à nouveau quel intérêt l'intelligence économique pouvait représenter pour les Etats africains. ?

Monsieur HARBULOT indique que la pire des choses serait de plaquer sur l'Afrique le modèle anglo-saxon. La France découvre l'intelligence économique, elle n'a donc pas encore de stratégie d'intelligence économique. C'est à l'Afrique de définir son intelligence économique, qui devra être adaptée à son environnement, à ses réalités et à ses besoins Elle doit éviter de se faire coloniser à nouveau, et ne doit pas trop attendre d'un schéma extérieur.
Selon Monsieur SOUMARE, Directeur SOPEL International, initiateur du FIED'2000, une symbiose entre trois acteurs en Afrique est nécessaire : l'Etat, les entreprises et la société civile. Il faut que l'Etat facilite la mise en place d'une politique de sécurité économique, par une prise en compte de la sécurité alimentaire, des enjeux de la guerre économique mondiale et surtout la sensibilisation de tous les acteurs impliqués dans le développement du pays.

Dans un premier temps, les dirigeants politiques doivent comprendre la portée du cadre juridique et législatif à mettre en place. L'intérêt national doit être mis en exergue pour que les acteurs économiques locaux puissent avoir des marges pour se battre convenablement sur un marché international mondialisé. Une coopération avec tous les acteurs économiques est nécessaire pour bâtir un plan stratégique offensif et la mise en place de cellules d'intelligence économique dans les ministères et organes vitaux de la nation.

Enfin, il est aussi nécessaire d'organiser au niveau national, une politique de sensibilisation au patriotisme économique(intérêts stratégiques de la nation). La cible principale sera la société civile, surtout les jeunes, les acteurs économiques et tous les agents de l'Etat, pour une meilleure motivation et implication dans la démarche d'intelligence économique pour le développement global du pays entreprise.

Le développement d'un pays ne peut se faire aujourd'hui qu'à travers l'interaction des trois acteurs suivants : Etat, opérateurs économiques, société civile. Seule la maîtrise de cette dynamique peut favoriser aussi bien le développement humain que les agrégats économiques des pays africains.

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